A
Alpes (RE). Le nom de Alpis est attesté chez Hérodote (484/482–425 av. J.-C.) livre iv, ch. 49. C’est un albios au pluriel, qui signifie « les blanches » (« montagnes » restant sous–entendu). En fait Hérodote n’a jamais visité les Gaules et attribue le nom d’Alpis à une rivière « derrière les montagnes ». Toutes les rivières au nom composé d’après le gaulois albo–, albio–, albano– « blanc » (comme l’Aube) conviennent à la définition.
Alpes Pennines (RE). Partie des Alpes située entre le Valais et la Vallée d’Aoste. Hannibal le Carthaginois ayant franchi le Grand–Saint–Bernard, en 218 avant J.-C., on a voulu que ce soit l’épithète latine punicus « punique » (les Romains appelaient puniques, les Carthaginois) qui ait fourni le surnom de pennines aux Alpes valaisanes… ce qui n’a guère de sens et demeure phonogiquement peu facile à prouver. Un dieu Phoeninus ou Poeninus, attesté dans le Val d’Aoste, fournit une explication autrement satisfaisante. C’était un Jupiter Poeninus, un Jupiter donc qui avait emprunté au dieu local son nom et se l’était attribué comme surnom. Coutume avérée de l’envahisseur qui a construit de la même façon les noms de Mars Magianus (Augst) ou de Mercure Cissonius (Avenches). Sous la latinisation en Poeninus le nom gaulois d’un dieu *Penninos transparaît, formé sur le radical penno– « l’extrémité », « le bout », et aussi « la tête », « le cap » ou « le sommet ». C’est un « dieu du sommet » *Diuo Penninos qui a donné leur qualificatif aux Alpes pennines.
Apples (CO-VD). Le nom de cette commune n’a pas varié depuis 1167 : elle est déjà nommée Aples, c’est–à–dire « les pommes » ou « les pommiers », non pas d’après l’anglais, mais d’après le nom gaulois de la pomme abalo qui s’est effectivement perpétué en breton (aval), en gallois (afal), dans le vieil irlandais (ubull), dans l’allemand (apfel) et dans l’anglais apple. Le latin avait poma. On a trouvé à Apples des pierres à cupules et les vestiges d’un habitat romain. District d’Aubonne.
B
Berolle (CO-VD). Birula (1235), Birolaz (1453). De berula « le cresson ». Ce mot gaulois est attesté par Marcellus Empiricus (De medicamentis, XXXVI, 51). Delamarre (DLG, p. 63) considère cette attestation comme un gaulois tardif et suppose un celtique *berura puisque l’on trouve, en vieux breton, en gallois et en vieil irlandais, des formes plus primitives (beror, berwr, biror) que celle du berula de Marcellus de Bordeaux (IVe s.)
On notera au passage que la signification du nom de Béroul, l’auteur du Roman de Tristan et Yseult, est identique à celle de Berolle. District d’Aubonne.
Bevaix (CO-NE). In villa Bevacensi en 998, Bevat en 1092, cella Bethuatiam en 1049, Betuaci en 1139, Bevais en 1142, Bevaz en 1258, Bevex en 1268, Bevay en 1280, Bevays en 1310, Beveyz en 1321. Du gaulois betua– « bouleau », « le bois de bouleaux ». Cinq cités lacustres néolithiques et trois de l’âge du Bronze, des pirogues et des embarcations gallo–romaines ont été découvertes sur les rives de Bevaix. Menhir au pied de la montagne et nécropole de la civilisation des Champs d’urnes à l’ouest du village. District de Boudry.
Boudry (CO-NE). Baudri, Buldri en 1278, Boudri en 1306, Budri en 1336, Bouldry en 1346, Bodry en 1369. Le gall. boudr et le vieil irlandais buaidir supposent une forme gauloise *boudrios, peut-être fondée sur baua, « boue » et qui signifie : « boueux, sale, malpropre ».
C
Cologny (CO-GE). Coluniacum en 1190, Colognier en 1208, Coloigney en 1263, Colungnie en 1272.
On voudrait que ce Cologny, en partie à cause du Coligny savoyard où quelques reliques d’une présence romaine ont été découvertes, soit une « colonie romaine ». L’archéologie n’a, pour l’instant, pas constaté autre chose qu’une installation néolithique (au lieu-dit La Belotte).
On préférera donc l’hypothèse, proposée par P.-Y. Lambert d’un composé de *kolin– « le houx » et du suffixe toponymique –iako ; c’est–à–dire un *kolin–iakon qui signifie : « le lieu où il y a des houx », la « houssaie » (LLG–L).
Sur le territoire de la commune de Coligny (Ain), en novembre 1897, un cultivateur a découvert les quelque cent cinquante débris de bronze gravés qui ont permis de reconstituer le calendrier gaulois. Le calendrier « de Coligny » est au musée des Antiquités de Saint–Germain–en–Laye (Yvelines).
Concise (CO-VD). Concisa en 1179. Composé de cuno– « le loup » et de caitos, ceto– « la forêt ». *Cuno–caito est « la forêt des loups ». On a découvert, à Concise, établissements néolithiques (La Raisse, Le Point), de l’âge du bronze (1800–1570 av. J.-C.), et un tumulus de plus de 15 m de diamètre, élevé à l’époque de Hallstatt (vers 550 av. J.-C.), et qui fut réaménagé à la fin de l’ère celtique (1er s. av. J.-C.). District de Grandson.
Cossonay (CO-VD). Cochoniacum (1096), Coconiacum (XIIe siècle), Consonai (1147), de Cosciniaco (1200), Cossonai (1228). Composé de cassanos « le chêne » et de –iakon « le lieu où il y a… », *cassano–iakon signifie « le lieu où il y a des chênes », « La chênaie ». La notation Cochoniacum, en 1096, permet de confirmer l’hypothèse que les lieux–dits Cochonnaie (en Bretagne, on prononce cochonnaz) ou Cochonnière (Maurienne, Savoie), ne doivent pas nécessairement leurs noms aux cochons (ou aux sangliers), mais quelquefois au cassanos gaulois. Rive droite de la Venoge, sur un plateau qui domine la rivière.
D
Douanne (CO-BE). Attestations anciennes : Duana en 1185, Duan en 1213, Duanne en 1255. Ce village porte le nom d’une rivière ou d’une source. Composé de dubu–, « noir », et ounna–, « l’eau », « les eaux », *dub–unna, signifie « eau noire ». District de Nidau.
Duin (LD-VD). Chez les auteurs grecs, le dunon et, chez les latins, le dunum gaulois désigne « le fort, la citadelle circulaire, l’enceinte fortifiée et fermée, en général juché sur une colline ou une hauteur » (DLG, p. 130). D’où la floraison, dans la toponymie, des Dun, Dung ou Dhun, d’où aussi cette Tour de Duin (« la tour du fort »), édifiée au–dessus de Bex, au xiie siècle, et abandonnée en 1641. La curiosité de cette forme Duin, c’est qu’on la retrouve en Irlande dans le nom du comté An Dún (au nominatif) Co. an Dúin (au génitif) : « le comté du Fort » (en anglais, le comté de Down). Le nom du village de Duingt, sur les rives du lac d’Annecy (Ain), a la même origine. District d’Aigle.
Drance, Dranse (La -, NR-VS). Ça n’est pas une druna « la vigoureuse, la rapide », ça n’est pas non plus une dubra « les eaux. » Il faut, pour rendre compte de la forme Dranse, que ce soit une *Dubrontia, qui expliquerait aussi la Durance. « Les rapports entre les mots dubnos ‘profond’, dubron ‘eau’ et dubus ‘noir’ ne sont pas évidents, écrit Delamarre (DLG, p. 128). » Sauf que, sur les multiples Drance du Valais (Dranse de Ferret, Dranse d´Entremont, Dranse de Bagnes), l’une d’elle, qui nourrit le lac d’Emosson, porte le nom de Nant de Drance et coule dans la Vallée de l’eau noire. On sait ce qui convient à l’eau des lacs ou des rivières pour qu’elle paraisse noire : une vallée profonde, tapissée de sapins. L’hypothétique *Dubrantia nantu et son avatar le Nant de Drance ne signifieraient pas autre chose que le nom qu’elle porte actuellement : « la vallée de l’eau noire ».
E
Ergisch (CO-VS). Situé à 1.090 mètres au–dessus de la rive gauche du Rhône, à l’entrée de la vallée de Tourtemagne, cette commune, est un autre Mont–Blanc. Ses appelations anciennes : Mons de Argessa (1203), Argissa (XIIe s.) et Orgissa (1279) se référent en effet à l’argios celtique que l’on traduit par « blanc » et qui a pu aussi signifier « neige ». Mons de Argessa signifie « Mont–blanc ». District de Loèche
Ergolz (NR-BLl). Née à Schafmatt dans le Jura plissé, la rivière Ergolz se jette dans le Rhin près de la ville romaine d’Augusta Raurica (Augst, aujourd’hui) qu’elle fournissait en eau potable au moyen d’un aqueduc (à partir de Liestal).
La première fois qu’elle est citée, cette rivière s’appelle Ergenzen (1318). Des érudits, certainement bien intentionnés, voudraient voir en Ergenzen une « rivière aux truites », « en langue celtique », disent–ils. Ils ont bien de la chance, car le nom de « la truite » n’est pas encore connu, ni en celtique ni en gaulois. C’est argenton « l’argent » qui a donné son nom à la rivière Ergolz, comme aux rivières Ergers (Alsace), Argence (Aveyron, Charente) ou encore Argit (Irl.), à travers une forme *Argentia qui signifie « l’argentée ».
Ernayaz (LD-VS). Dans le nom de ce lieu-dit de la commune d’Hérémence, le –u– initial d’un ancien *Uernayaz a disparu. C’est un composé de de uerno– « l’aulne » et de –ialon « la clairière » ou du suffixe toponymique –iakon « le lieu où il y a ». *Uerno–ialon : « la clairière aux aulnes ». *Uerno–iakon : « l’aulnaie ». District d’Hérens.
G
Gorgier (CO-NE). Commune de la Béroche, sur la rive du lac de Neuchâtel, Gorgier est un pays « sauvage ». Du gaulois gargo– « sauvage », un gaulois qui doit sa survivance à l’attraction du vieux français gorgier « la gorge ». District de Boudry.
Gorgollion (VD). Lieu-dit de la commune de Montreux. C’est un *gargo–ialon, de gargo– « féroce » « sauvage » et ialon « la clairière ». Gorgollion signifie peut-être : « la clairière aux [bêtes] sauvages ». District de Vevey.
Gort (Le —, VD). Le –t– final du nom de ce hameau de Chardonne oriente la recherche de son origine vers le nom gaulois de l’enclos : gortia. Le gort signifierait alors « l’enclos ». District de Vevey.
L
Lausanne (CO-VD). Signalée sous le nom de Lacum Losonne par la Table de Peutinger (vers 350), et de Lacu Lausonio par l’Itinéraire d’Antonin (IIIe ou du IVe s. av. J.-C.), Lausanne fut d’abord un oppidum celtique (IIe-Ier s. av. J.-C.). Son nom peut se comprendre comme *Leuos–unna > Lousonna « les eaux calmes », de leuo– « lisse » et unna « les eaux ». A Châtillon–sur–Chalaronne (Ain), le nom de Lausan désigne « les eaux calmes » d’un étang. Cependant, il ne peut être exclu que le Losonne de la Table de Peutinger ou le Lausonio de l’Itinéraire d’Antonin ne nous dissimule, comme le nom de Lauzun (Lot), une « forteresse de Lug » (Lug–dunum). A la moindre attestation épigraphique d’un culte de Lugos, cette hypothèse prévaudra. Mais il faudra être patient. Les inscriptions concernant le dieu sont rares. On en a recueilli deux : à Alès (Gard) et à Peñalba (Espagne).
Léman (Lac —). La Table de Peutinger, et l’Itinéraire d’Antonin nomment « lac de Lausanne » (Lacum Losonne et Lacu Lausonio) le lac que nous appelons aujourd’hui Léman. Strabon l’orthographie, en grec, Limnè et les gallo–romains écrivent Lemanus, Lemannus. Sous le nom gallo–romain, un *Lemano gaulois se profile. Composé sur la base de lemo– « l’orme », c’est un « lac aux ormes », que ce Léman.
Lizerne (La —, VS). Cet affluent du Rhône était nommé Yserna en 1304, ce qui permet de garantir l’origine celtique de son appellation. Comme l’Iseran (Savoie) et les deux Yzeron qui se jettent dans la Loire et le Rhône, c’est une Isara (p.ê. < *Isar–unna) : la rivière « impétueuse » ou « rapide ».
M
Martigny (CO-VS). Les notations du nom de l’antique ville de Martigny sont mouvantes. César l’appelle Octodurus Varagrorum, (Guerre des Gaules, III, 1) et l’on s’accorde à considérer que ce nom désigne l’oppidum des Veragres comme « [la ville] aux huit portes ». Cependant, les portes sont des points faibles, et, à toutes les époques, stratèges et architectes se sont attachés à en réduire le nombre. A cette objection de bon sens, deux difficultés techniques s’opposent à l’interprétation d’Octodurus comme « [la ville] aux huit portes ». En premier lieu duron a plus souvent le sens de « marché » ou « bourg fortifié » que celui de « porte » ; et deuxièmement, traduire « huit portes » ne tient pas compte de la construction classique des mots composés gaulois qui pose le déterminant avant le déterminé. Il faut donc qu’Octo–duron soit : « le bourg fortifié » ou « le marché des huit » ou « aux huit ». Ce que ce huit désigne restera un mystère (que ce soit les huit puits ou les huit dieux, les huit quartiers ou les huit tours fortifiées), jusqu’à ce que les archéologues en trouvent la clef.
Conquise par les Romains vers 15 av . J.-C., la cité d’Octodure devient Forum Claudii Vallensium en l’honneur de l´empereur Claude.
Martigny a porté aussi le nom de Veragrorum civitas, du nom de la tribu des Veragres, latinisé en Veragri. Veragrorum civitas « la cité des Veragres ». Du préfixe uer– (bret. gour–, gall. gwr, irl. for), « sur », particule intensive et agro– « massacre, carnage », (bret. air, gall. aer, irl. ár). Uer–agro : « Supérieurs dans les massacres ».
En 516, Octodurus Varagrorum devient Martiniacum > Martigny, du surnom que les légionnaires se donnaient volontiers à eux–mêmes : martinienses, « les fils de Mars ». D’où le surnom Martinus, que, fils de légionnaire, portait aussi saint Martin.
Milden (CO-VD). Nom allemand de Moudon.
Morat (CO-FR). Le gaulois mori est célèbre pour avoir désigné la mer, comme dans ar–mori–ci (« les Armoricains », « ceux de la mer »). Dans cette occurrence, mori désigne « l’eau, le lac » ; et le nom allemand Murten est resté plus proche de l’origine gauloise : Mori–dunum, « le fort du lac », que le roman Morat. District du Lac.
N
Nendaz (Val de —, LD-VS). Nenda (983), Neynda (1250), Ninda (1392). De nantu–« la rivière » et, par extension « la vallée » (gaul. nantu–). Le savoyard, le valaisan et le breton ont conservé au mot nant son sens gaulois.
Niedens (HA-VD). Ce hameau de la commune d’Yvonand, comme Nieudan, dans le Cantal, dissimule un noviodunum « le château neuf » qui devrait intéresser les archéologues. De noviios « nouveau », et dunon, « le fort, la forteresse ». Niedens est devenu un nom propre. District d’Yverdon.
Nyon (CO-VD). Composé du gaulois noviios « nouveau » et de dunon (latinisé en dunum) « le fort », « la forteresse » Noviodunum signifie : « le fort nouveau ». Attesté sous cette forme dès le IVe s. et Noiodunum au moyen âge.
O
Onnens (CO-VD). Unens en 1228. Du gaulois onno, « le frêne », et –iacon « là où il y a … ». *Onno–iakon > *onniacon > *onniacum > *onnay : « le lieu où il y a des frênes » « le bois de frênes », « la frênaie ». La déformation vaudoise du gaulois onno « le frêne » est du même ordre et donne ici le même résultat qu’en vieux cornique : onnen (le breton et le gallois ont onn).
Le village d’Onnens présente la particularité rare d’avoir été occupé, sans discontinuité, depuis le Néolithique moyen (vers 4000 av. J.-C.) jusqu’à nos jours, en passant par le Néolithique final, le Bronze ancien (de 2400 av. J.-C. à 1500 av. J.-C.), le Bronze moyen (de 1500 av. J.-C. à 1200 av. J.-C.), la civilisation de Hallstatt (de 800 av. J.-C. à 400 av. J.-C.), celle de la Tène finale (de 200 av. J.-C. à 100 av. J.-C.), la période gallo–romaine et le moyen âge. District de Grandson.
La même étymologie « frênaie » explique aussi le nom d’Onnens/Onning, dans le canton de Fribourg (district de la Sarine).
Ouchy (LD-VD). Le nom de cet ancien village, qui fait maintenant partie de la commune de Lausanne, a été Osciacum au XIe siècle (Oschye en 1170, Oschie en 1228). Osciacum est un composé gaulois latinisé ; de oxso– « le bœuf » et –iacon « là où il y a… ». La compréhension de l’expression gauloise *oxs–iacon = « là où il y a des bœufs », « le pâturage », oblige à réviser les définitions des mots romans osche et oiche, donnés comme « terre labourable entourée de clôtures » (DAFMA). L’option « pâturage » devra être proposée pour les lieux–dits et noms de villes comme Ouches ou Houches.
Oussanna (LD-FR). Ancienne habitation ruinée, signalée par Suter (NLSR). Peut se comprendre comme un composé de ouxellos « élevé » et ana « le marais » ou unna « la rivière ». *Ouxello–ana > *ouks–ana > Oussanna signifierait « le marais d’en haut » (formation géologique semblable au moor gaëlique) ; et *ouxellos–unna > *ouks–unna > Oussanna : « Haute rivière ». Vallon des Morteys, Charmey, district de la Gruyère.
P
Penna ou Penne (Pointe de —, VS). Sommet de 2 782 mètres, dans le district d’Entremont. Le gaulois penno–, conservé dans le breton penn « tête », « pointe » ou « bout » fait de ce nom : « la pointe de pointe ». La Grande Penne, un pâturage est « le grand bout » et le Torrent de Penne, affluent du Valsorey, « le torrent de la pointe ».
Penthalaz (VD). Pentala en 1182, Pentalla en 1387, Penthala en 1574, Pentallaz en 1799. Suter l’interprète comme « un endroit en pente ou comme un diminutif de Penthaz, nom de la commune voisine ». Le nom de Penthaz est composé de penno– « le bout » et de talu– « le front », « la surface ». *Penn–talu indique « la surface » ou « le champ du bout ». L’éthymologie est la même pour Penthalaz et pour Penthaz. Nécropoles romaine (en Illette) et du haut moyen âge (en Sauffaz). District de Cossonay. District de Cossonay. Petit Penthalaz, écart voisin de la commune de Penthalaz (Daillens, district de Cossonay), même sens.
Pompaples (CO-VD). D’après une attestation Pons Papuli en 1049, Nuter donne Pompaples pour le « pont de Papoul » (NLSRS), un pont sur le Nozon, ainsi nommé d’après un évêque de Genève du vie siècle. Pourquoi non ? Une autre hypothèse consiste à dériver Pompaples de pempe « cinq » en composition avec aballo « le pommier ». *Pemp–aballo signifie « les cinq pommiers ». District de Cossonay.
R
Rhône (Le —). Si nous ne disposions que de l’attestation de 1492 : La rivière de Rosne, pour expliquer son nom, la difficulté ne serait pas grande. Reno–, « le fleuve » suffirait. Moins compliqué que le Rhône, le Rhin se contente de ce reno– qui a donné aussi le v. fr. rin « source ». Mais il a été noté Rodanus fluvius (869), Rodeno (941), Aqua Rodani (1265 et 1493). Il faut donc que cette expression Rodanus fluvius, soit une latinisation d’un *Ro–donno reno, dont le premier terme s’explique par le préfixe ro– « très », « trop », « grand », et le thème donno– que Delamarre traduit « noble », et Dottin, sur la base de l’irl. donn, « noble, roi ». Nous postulons que donno– signifie aussi « seigneur » et que l’expression *Rodonno reno signifie « Le grand seigneur fleuve » ou « le roi des fleuves ».
Le Rhône prend sa source au pied du col de la Furka (2 431 mètres), dans un affaissement en forme de fourche, entre le Blauberg et le Furkahorn, à la frontière des cantons d’Uri et du Valais. Il se jette dans la Méditerranée, à l’ouest de Marseille, après un parcours de 812 km (dont 290 km en Suisse).
S
Sauges (Saint-Aubin-Sauges CO-NE). Du gaulois *saliks > *salica, « le saule » (attesté sous la forme salico) ? La quasi–homonymie du gaulois salico avec le latin salix, salicis ne permet pas de garantir avec certitude l’origine celtique du nom de Sauges. Des tumulus de la civilisation de Hallstatt et de celle de La Tène, signalés sur le territoire la commune, pourvoieront au certificat. District de Boudry.
Sauvabelin (LD-VD). Lieu–dit de la commune de Lausanne, « olim Sylva Beleni » note Suter (NLSR), sans indiquer la date de cette attestation. Il suggère d’interpréter le nom à partir « du latin silva, “forêt”, et du théonyme Belenos. Ce serait donc la “forêt [sacrée] de Belenos” ». Le Belenos est certain ; mais le détour par le latin silva ne s’impose pas, quand nous avons, pour comprendre la première partie du mot, un gaulois selva qui signifie « la propriété », « le troupeau » (DLG, p. 229). Sauvabelin est donc « la propriété de Belinos ».
Un particulier qui s’appellait Belinos ou le dieu Belenos ? Rien ne permet de le déterminer, si ce n’est que le site, majestueux, peut effectivement accueillir un de ces temples de plein air que les Gaulois nommaient Nemeton (de nemos « sacré » et ceton « le bois » « la forêt » ; *nemo–ceton > nemeton : « bois sacré »).
Seymaz (La —, NR-GE). Cette rivière prend naissance près des ruines du château de Rouëlbeau et se jette dans l’Arve à Vilette. Aebischer interprète le nom de cette rivière comme issu de *Segisama, « la très forte », « la très victorieuse ». Superlatif féminin d’un adjectif *seg–ono–, formé sur sego–, « force, victoire ». Le détour n’est peut-être pas nécessaire quand on compare ce Seymaz (Sayma aqua en 1227, et Saime ou Seime en 1906) à la Semoy (affluent de la Meuse qui prend source en Belgique à Arlon), la Somme ou aux Semène (affluent de la Loire), Semine (Ain) et Sumène (affluent de la Dordogne) que l’on connaît par ailleurs comme dérivées de Sumena. Sumena est traduit par Delamarre, en fonction de l’accentuation, par « la bien douce » ou « la bienveillante » (DLG, p. 239).
Sion (CO-VS). Capitale de la cité des Sedunes, en latin Seduni (César, Guerre des Gaules, III, 1, 2, 7). Au IVe siècle, la ville s’appelait Sedunum ; les habitants de Sion ne l’ont pas oublié : ils s’appellent toujours les Sédunois. On recompose généralement le nom de la ville en *Sego–dunum, « fort de la victoire », du gaulois sego–, « victoire, force », et dunon « forteresse ». C’est un détour que les attestations anciennes du nom (Sedyninsium civitas, Sidunis, Sytinensis) ne justifient pas. D’une part, parce que l’évolution de Sedunes en Sion se suffit à elle–même et d’autre part, parce qu’il est constant que les noms des capitales celtiques sont rarement différents de ceux de la tribu : Namnetes > Nantes, Nantuates > Nantua (Ain) Parisii > Paris, Remi > Reims, Rhedones > Rennes, etc.
T
Tène (La —, LD-NE). Il suffit de rétablir le mot dans son intégrité, en rapprochant l’article du mot, pour obtenir un Latène sous lequel on voit surgir le nom gaulois du marais : late « le marais ». Les environs du célèbre site archéologique étaient en effet composés de marais, avant que les hommes ne se soucient de les assécher. Marin–Epagnier, Neuchâtel.
Tournay (LD-GE). Château sur le domaine de la commune de Pregny-Chambésy. Du gaulois Turnacum, comme d’autres Tournai (Belgique) Ternay (Rhône) ou Tornay (Haute-Marne). De turno– dont le sens n’est pas encore défini. « Hauteur » ? s’interroge Delamarre (DLG, p. 257). Le Château de Tournay, à deux lieues gauloises (5 km) de Genève, est effectivement situé sur une hauteur qui présente un avantage stratégique certain : l’on peut surveiller les accès (route et lac) de la ville. D’où une proposition de significations additionnelles pour le gaulois turno– : « poste de guet » ou « fortin avancé » qui semblent pertinentes au moins pour le site de ce Tournay.
Treytorrens (CO-VD). Troiterens, Troyterens au XIIe siècle, Troutereins en 1251, Treitorens en 1668. Il n’y aurait presque pas d’objections à l’étymologie populaire qui discerne trois torrents dans ce Treytorrens, si nous ne se connaissions pas d’autres noms de lieux marqués du nom gaulois du taureau : taruo–. Ce sont, par exemple Tart en Côte–d’Or (un ancien Tarvensi) et Thérouanne dans le Pas–de–Calais (Tarouenna). Ici, c’est un *Treis–tarvensi originel, composé de treis « trois » et de taruos « taureau », qui a pu donner le nom de Treytorrens. Faut–il comprendre « Trois taureaux » ou « le taureaux aux trois cornes » ? Nous sommes dans un contexte divin. Le dieu taureau, compagnon d’Ésus, est représenté avec trois grues (trigaranus) sur le pilier des Nautes parisiens (entre 15 et 40 après J.-C.) et avec trois cornes (tricaranus) à Martigny. District de Payerne, Vaud.
V
Vaumarcus (NE). Val Marcul en 1256, Vaulxmarcus en 1310. Suter voudrait y voir un anthroponyme germanique : Markold, Markwald, qu’il traduit : « celui qui gouverne la frontière » (de *mark, « frontière », et *valdan, « celui qui règne »). L’architecte Columelle, qui vivait au milieu du Ier siècle et qui avait voyagé en Gaule, savait ce que les Gaulois désignaient par marcus, c’était une « espèce de vigne médiocre » (Columelle, De re rustica, III, 2, 55). Et c’est une surprise, car un Val Marcus, appelé du nom du dieu cheval Marcos (le roi Marc de la mythologie arthurienne), et attesté ailleurs par une stèle de Bordeaux (Gironde), nous aurait bien convenu. Il faut pourtant se faire une raison : Vaumarcus signifie : le val de « la mauvaise vigne ». Comment est–on passé du nom du cheval marcos au « mauvais vin » ? Il faut qu’on aie voulu qualifier ce vin de « pipi de cheval »… Nous témoignons que, depuis Columelle, des mesures ont été prises pour améliorer les vins du pays de Vaumarcus. District de Boudry.
Verbier (VI-VS). Les attestations anciennes Verbiez (1287) et Verbyez (1290) permettent de supposer un *Uer–bedo gaulois. De uer– « sur, super » et de bedo–, « le bief », que Delamarre traduit aussi : « fosse », « canal » (DLG, p. 60). On préfèrera ici le sens « canal d´irrigation dans la montagne » ou « rigole », qui est aussi le sens du valaisan bisse, lui–même issu de bedo–. Verbier doit donc avoir comme signification première : « les rigoles d’en–haut ». Commune de Bagnes, district d’Entremont.

Vully (Mont —, LD-FR). Vuilly, en 962. On peut supposer à cet oppidum de cinquante hectares la même origine qu’aux noms de Vouillé (Vienne) ou Veuilly (Aisne), c’est–à–dire un gaulois Uo–cladum, de uo– « double », et cladia, « rempart » ou « fossé ». En effet, l’interprétation diffère selon que l’on comprend le gaulois cladia, clado, d’après le kymrique clawdd « fossé » ou d’après le breton kleuz « talus ». Le vieux cornique cledh, « digue » aussi bien que « fossé » ne peut pas nous éclairer. Heureusement, les archéologues nous confirment que l’oppidum du Mont Vully possédait bien, comme son nom l’indique, deux remparts : « Près d’un premier rempart de la fin de l’Age du Bronze, explique Michel Charrière, les bâtisseurs érigent un nouveau système défensif aux alentours de 200 avant J.-C.). Ils dressent une levée de terre renforcée par une structure interne de poutres et par des pierres taillées dans la molasse. » 

Y
Yverdon (CO-VD). Eburodunum, « le fort de l’if ». Nom de la capitale de la tribu des Eburones : « ceux de l’if ». Les Eburones, clients des Trévires (Trêves) demeureront célèbres pour avoir été, sous la conduite de leur roi Ambiorix, les ennemis irréductibles de César, qui mena contre eux, en 53 avant J.-C., une véritable guerre d’extermination.
Sommairement fortifiée (fossés et palissades en bois) de longue date, la ville se dote d’un puissant système défensif composé d’un rempart et de rien moins que trois fossés (autour de 80 avant J.-C.).
Plus tard (vers 325/330 après J.-C.) un camp fortifié (castrum) par d’énormes remparts et quinze tours est édifié pour compléter le dispositif défensif du Rhin et empêcher les incursions des peuples germaniques. Il couvrait une superficie de plus de deux hectares. Jusqu’à la fin du XIX
e siècle, une partie importante des remparts était visible au milieu des champs. On en aperçoit encore des reliques, au nord du cimetière actuel, à trois cents mètres au sud du Château savoyard.

Yvonand (CO-VD). Evonant en 1009, Yvonant en 1453. De iuos « l’if » et nantu « la vallée ». *Iuonantu : « La vallée des ifs ». L’évolution de l’iuos celtique en roman (ivo, yvo), est restée parallèle aux évolutions en breton (ivin) et en kymrique (ywen). 

Yvorne (CO-VD). La cité d’Ebodouron, mentionnée sur la Carte de Ptolémée, c’est Yvorne (Evurnum (1020), Yvorna (1332), Yvornaz (1588). Nom composé de *eburo– « l’if » et de doron « le bourg », « le marché » (DLG, p. 134). Delamarre traduit *Eburo–duron, « le marché de l’if ». Sans doute peut–on le comprendre aussi : « comptoir des Éburons ». District d’Aigle.