Ce que nous croyons

Au vrai, nous ne croyons rien. Nous expérimentons, nous constatons et nous savons ce que l’expérience nous apporte.
Nous ne croyons pas que l’âme (ou qu’une partie de l’âme) soit immortelle, nous le savons, parce que nous le vivons et que nous l’avons vécu.
Nous savourons la vie comme une incarnation et comme une expérience à chaque instant nouvelle.
Et c’est un mouvement, et c’est un chemin.
Initier (lat. initiare), c’est commencer à marcher, à avancer, à errer sur les chemins, comme les chevaliers errants de la quête du Graal. Dans les langues romanes, errer (gallo-rom. iterare) signifie : « se mettre en route, aller, marcher ».
« Les chemins sont un chemin », dit le poète.
Chemin faisant, on se donne de l’erre (« espace », « distance ») ; des paysages nouveaux se dévoilent et des complications surgissent sur la voie : il faut affronter des géants, des ogres, des dragons, toute une faune mythologique dans laquelle nos défauts s’expriment ; il faut sauver les vierges, secourir les veuves et se garder des maléfices. On apprend de nouveaux erremens, c’est-à-dire de nouvelles « manières » et de nouveaux « comportements » : ce sont deux des sens du mot erremens jusqu’au XIV
e siècle ; les deux autres significations, à cette époque, sont : « aventure » et « exploit ».
L’aventure nous conduit vers l’avenir. Les exploits nous tirent en avant.
Mais ce serait ne rien comprendre que de supposer que les chemins que nous avons à tracer, nous les tracions pour notre confort psychologique. L’initiation a pour moyen et pour but la modification des états de conscience : ce sont les aventures vraies et les exploits authentiques qui conduisent à la révélation des « merveilleux secrets » des âmes et de l’univers : le Graal.
La conquête du Graal

La conquête du Graal ou de la Toison d’or (le Grand Œuvre ou Chrysopée — chryso-poiein : création d’or) peut se concevoir de divers points de vue et se réaliser sur des plans différents.
Le magicien cherche l’or thaumaturgique qui est un autre nom de la Puissance.
L’alchimiste ou le médecin (spagyriste) cherchent l’or métallique ou terrestre, qui prendra le nom et l’aspect d’une Médecine universelle qu’on appelle l’or potable.
Le philosophe, l’ascète et le mystique cherchent l’or moral, qui est sagesse ou sainteté.
Le mage enfin cherche l’or spirituel, figure de l’illumination, qui s’empare du dieu en l’homme et de l’homme en dieu — c’est, en grec enthousiasmos au sens propre : un endieusement — et inaugure les noces de l’intelligence humaine et de l’essence divine.
L’or est ici la métaphore et le symbole d’une lumière cachée qu’il s’agit de percevoir : comme une couleur de l’âme, comme une lumière au centre du cœur, comme une vérité au cœur de la lumière.
— Le magicien sait que la puissance magique consiste à diriger une lumière dite « astrale » (que d’autres nomment un « or hyperphysique ») ;
— L’alchimiste et le spagyriste savent (ou supposent) que l’or physique est une lumière condensée ; et que la médecine universelle réside en une quintessence vitale de l’or ;
— Les sages et les saints de toutes les communions recoivent un nimbe d’or (une lumière encore, perceptible aux cœurs purs) qui naît de la transmutation de la substance animique en or moral ;
— Les mages et les gnostiques savent qu’ils porteront un jour le « manteau de lumière » tissé par celle des Mères (les fées, les Parques) qui file sur son rouet le fil de l’or divin.

Philippe Camby
Comment se fait-il que les druides ne soient pas réservés à la Bretagne ?
Parce que l'Helvétie est un pays plus anciennement et plus profondément celtique que l'Armorique ! Le Tyrol et l'Helvétie ont vu naître la civilisation des Celtes et l'Helvétie en a gardé des traces très profondes. La fête nationale suisse est célébrée le jour de l'une des quatre grandes fêtes celtiques, le 1er août. Les druides célèbrent ce jour-là le dieu Lug, qui est le dieu de la prospérité.
L'Helvétie a été consciemment mise, par ses fondateurs, sous l'invocation du dieu Lug. Sa prospérité en témoigne.
Autre élément typiquement celtique que la Suisse a réussi à sauvegarder : son organisation territoriale et politique. Le pays est toujours organisé, comme l'étaient les tribus celtiques, en cantons et en confédérations. Canton est un mot gaulois qui signifie cent : c'était le territoire sur lequel pouvaient s'établir cent familles. Le concept de confédération est celtique, les peuples ou tribus s'unissaient en confédérations. César nomme, dans La guerre des Gaules, une douzaine de confédérations.
Nous installons aujourd'hui l'École druidique d'Helvétie sur le territoire de l'une des plus puissantes des tribus helvétiques, celle des Éburons, dont la capitale, Yverdon (Eburodunum) étendait son pouvoir depuis Liège (en Belgique) jusqu'à Trêves (en Allemagne).
Le mouvement que mon épouse et moi accomplissons, de Bretagne en Suisse, est un double retour aux sources. Au sens propre parce que Patricia est née à Yverdon. Au sens figuré parce que la civilisation celtique s'est épanouie sur les rives des lacs suisses.
Qu'enseignaient les druides et qu'enseigne-t-on aujourd'hui à l'École druidique d'Helvétie ?
Les druides des siècles antérieurs aux conquêtes romaines étaient des philosophes, ils dirigeaient les lycées et les collèges de l'époque. Ils étaient diplomates et juges : ils conseillaient les princes ; ils étaient médecins et prophètes ; ils étaient historiens et généalogistes. C'est dire si les disciplines qui constituent la matière de l'enseignement traditionnel étaient et demeurent nombreuses.
La plus importante reste la philosophie, c'est sur elle que, grâce aux historiens, aux voyageurs et aux philosophes grecs, nous avons les certitudes les plus définitives sur les croyances des Celtes. La philosophie engendre l'harmonie. Un « mieux-être » qui se construit très concrètement, entre le monde et soi. Des disciplines nombreuses y concourent, et, parmi elles, l'étude du symbolisme et des mythologies, la pratique du magnétisme et des arts divinatoires, l'usage médicinal des plantes, etc. Nous accordons aussi une place particulière à la numérologie, aux sciences du temps (différentes de celles de l'histoire) et à la toponymie (les noms des lieux parlent souvent gaulois !).
Ces « disciplines » ou ces pratiques sont enseignées ailleurs…
Bien sûr, mais la philosophie des druides apporte à ces études l'éclairage de l'initiation. Aux yeux de beaucoup de gens, la réalité est opaque. Au mieux elle ressemble à du verre, et pourtant, le réel est un diamant. L'initiation consiste à mettre en mouvement le point de vue de l'observateur pour lui apprendre à contempler toutes les faces du diamant.
N'y a-t-il pas une imposture à prétendre transmettre la sagesse des druides, alors que leur enseignement - entièrement oral - est considéré comme perdu ?
C'est une malhonnêteté profonde que de prétendre qu'il a été perdu. Que la chaîne que l'on dit initiatique ait pu être rompue quelques fois, c'est probable. Mais l'enseignement lui-même, justement parce qu'il était oral, n'a pas disparu et n'a jamais cessé puisqu'on le retrouve tout entier dans les contes populaires. La ruse était osée, elle a réussi. L'enseignement, supposé évanoui avec la disparition des druides massacrés par les romains (du Ier au IVe siècle après Jésus-Christ) n'a jamais cessé d'être prodigué, non pas dans des écoles clandestines, mais au grand jour ; à l'insu du grand nombre et toujours accessible. Il suffit de connaître quelques clefs. Toute la mythologie, toute la philosophie et même certains des rites des grandes fêtes celtiques se trouvent exposés aussi bien dans les contes traditionnels d'Irlande ou de Bretagne que dans ceux de l'Auvergne ou du Jura. Tout y est.
D'autre part, nous disposons d'un important corpus de textes mythologiques, philosophiques ou poétiques (que la tradition a attribués à Merlin, à Taliésin, Cadoc ou Aneirin), des épopées irlandaises et du cycle entier du Graal pour compléter l'enseignement.
A quel titre enseignez-vous ? Qui vous a donné le droit d'enseigner ? Qu'enseignez-vous ?
J'enseigne la civilisation celtique et la sagesse druidique, qui est une « sapience » au sens rabelaisien du terme, c'est-à-dire à la fois une sagesse et une science.
J'ai acquis l'expérience de l'enseignement dans un cursus universitaire ordinaire et j'ai été sept ans chargé de cours à l'université de Tours.
Comme élève, j'ai suivi l'enseignement du grand druide d'Armorique, Gwenc'hlan Le Scouëzec, dont je suis devenu aussi l'éditeur (Cf. le site internet arbredor.com). Enfin, j'ai vérifié la pertinence de l'enseignement oralement reçu par différentes traductions de textes inédits (irlandais ou gallois) qui ont été publiés (Odes de Taliésin, Dicts de Cadoc, etc.) ou qui se trouvent en cours de parution.
L'année qui s'achève aura vu passer l'anniversaire de mes sept années de magistère.
Le druidisme est-il une secte ?
Absolument pas. Une secte suppose des dogmes ; le druidisme n'en a pas. C'est un mouvement traditionnel, même s'il est davantage philosophique et humaniste. Il a adhéré comme tel à la Déclaration universelle des droits de l'Homme.
Est-ce que vous vous déguisez avec des grandes toges blanches, et des couronnes de chênes sur la tête ?
Chacun est libre de s'habiller comme il lui convient. Les géographes grecs à qui nous devons beaucoup de ce que nous savons sur la civilisation celtique ne mentionnent pas ce fait qui aurait dû les frapper (« Ils s'habillent, comme nous, avec des toges. ») Il me semble que ces toges sont une invention romantique.
Et je suis plus partisan de la braie gauloise (ancêtre du pantalon) que de la toge latine. Mais chacun fait comme il veut.