|

|
| ABELIO, ABELLO, ABELLIO. |
|
Abelio est un dieu de la Haute-Garonne. Sous cette orthographe, des inscriptions à lui dédiées ont été découvertes à Fabas, à Montauban-de-Luchon, à Saint-Béat, à Saint-Bertrand-de-Comminges. A Aulon, Baucou, Boutx, Burglays, Cardeilhac, Garin, Saint-Aventin, Saint-Bertrand-de-Comminges, on écrit son nom : Abellio ; et Abello à Billière.
C’est un dieu solitaire : on ne lui connaît ni compagne ni compagnon. César n’a pas connu son nom.
Avec assez de vraisemblance, Dyfed Lloyd Evans suggère que le nom d’Abello se trouve en relation avec la pomme, et qu’il s’agirait d’un dieu du type « Seigneur de l’été » associé à la matûrité des pommes. Abalo signifiant « la pomme » en gaulois et aballo « le pommier ».
De nombreux noms de personnes dont Xavier Delamarre donne la liste semblent en effet formés sur le nom de la pomme ou du pommier : Abilius, Abellius, Abellus, Abal(l)us, Abalanis, Abbula, Abullius.
Il est possible aussi de le considérer comme le Seigneur de l’île d’Avallon, dont on sait que le nom signifie « La pommeraie ».
Dyfed Lloyd Evans, The Celtic Gods :
http://www.celtnet.org.uk/gods_a/abelio.html
Xavier Delamarre, Dictionnaire de la langue gauloise, Errance, 2001.
|
| ANA, DANA |
|
Un glossaire irlandais (Sanas Cormaic) qualifie Ana de « mater deorum Hibernensium », ce qui signifie : « la mère des dieux d’Irlande ».
Dans La religion des Celtes, Jan de Vries note que « cela indique une déesse de la fertilité, ce qui ressort encore plus clairement de la légende concernant les deux collines de la région de Killarney, dans le Munster, qui sont appelées “Da chich Anan”, les “deux seins d’Ana”. Cela exprime avec toute la clarté désirable qu’elle est la terre-mère, qui donne au Munster la fertilité, et non pas au Munster seulement, mais à toute l’Irlande : l’île, en effet, s’appelle “iath Anan”. »
Mais, comme le dieu Janus qui avait deux faces, Ana est non seulement une déesse de la fertilité, mais également une déesse de la mort, du monde souterrain et de l’au-delà, qui règne sur les marais (ana, en gaulois), considérés comme l’entrée des enfers. Déesse de la vie et de la mort, elle est à la fois, comme la terre elle-même, symbole de fécondité et de décomposition, tout naissant de la terre et retournant à la terre.
Le culte de la déesse Ana s’est perpétué soit dans le culte de Marie, notamment en tant que « vierge noire », soit dans celui de sainte Anne, mère de Marie. Lorsque François Villon prie Marie en la nommant « emperière des infernaux paluds », il rappelle que Marie règne, comme Dana, sur le monde souterrain, dont les marais sont un accès.
Le dimanche de Pâques 776, le jour de la consécration de la cathédrale d’Apt, en présence de Charlemagne, fut retrouvé, dit-on, le corps d’Anne. Un aveugle, sourd et muet de naissance, commença à fouiller le sol comme s’il cherchait quelque chose. On creusa aussitôt à cet endroit, et l’on découvrit une chapelle souterraine, éclairée par une lampe. L’infirme fut miraculeusement guéri et l’on trouva dans la chapelle souterraine une châsse portant l’inscription : « Hic est corpus beatae Annae matris virginis Mariae » (Ici se trouve le corps de la bienheureuse Anne, mère de la Vierge Marie).
C’est à partir de la cathédrale d’Apt où avaient été découvertes les reliques de la sainte que son culte a semblé se développer en Europe. Cependant, la dévotion à sainte Anne, très forte en Bretagne et très nettement identifiable en Suisse, est certainement plus ancienne que cette découverte. Souvenons-nous pour le comprendre qu’aucun des évangiles ne nomme les parents de Marie.
|
| AVENTIA |
|
Le nom de cette déesse est un nom commun, auantia, auentia, qui signifie : « la rivière ». Le nom gallo-romain de la ville d’Avenches, qui fut la capitale des Helvètes, est composé de auentia, « la rivière » et du suffixe toponymique -iakon (romanisé en -iacum) « le lieu où il y a… ». *Aventiacum > Aventicum peut se traduire : « le lieu où la rivière se trouve ».
Le nom de la déesse Aventia, est également attestée à Payerne (Canton de Vaud) et à Villars-les-Moines (Canton de Berne).
Nom de lieu-dit en composition avec auantia : Les sagnes d’Avenche (Cernier, Canton de Neuchâtel).
|
| BLODEUWEDD |
|
Déesse galloise, créée avec des fleurs par Gwydion pour être la femme de Lleu qui, à cause d’une dihenydd (« destinée, sort, obligation ») jetée sur lui par sa mère Arianrhod (« Roue d’argent ») qui le condamnait à « n’avoir jamais une femme de la race qui peuple la terre à présent ».
Le roi-magicien Math aide alors Gwydion à créer une épouse pour Lleu. Ils prennent des fleurs du chêne, des fleurs de genêt et des fleurs de la reine des prés (Spirea latifolia) et ils en forment, à l’aide de leurs charmes, la plus belle et la plus gracieuse des vierges qui aient jamais existé. Ils la baptisent de la façon dont elle est née et l’appellent Blodeuwedd (Visage de fleur).
Cependant, Blodeuwedd a une aventure avec un chasseur, Goronwy (Gronw Pebyr). Elle complote la mort de Lleu en obtenant de lui une confidence sur la secrète façon dont la destinée a décidé qu’il mourrait. L’opération réussit puis, mortellement blessé, Lleu s’échappe sur un chêne magique sous la forme d’un aigle.
Gwydion qui retrouve la trace de Lleu en suivant une truie enchantée, rend à Lleu sa forme humaine et punit Blodeuwedd en la transformant en chouette, condamnée à vivre la nuit à l’écart des autres oiseaux.
Une autre tradition veut que Blodeuwedd ait été créée de neuf espèces de fleurs : celles du chêne, de la reine des prés, du genêt, de la nielle des champs (Lychnis Githago), du haricot, de l’ortie, du marronnier, de la primevère et de l’aubépine.
Dans cette composition florale de Blodeuwedd Dyfed Lloyd Evans reconnaît « l’aspect virginal de la Triple Déesse ».
On prononce, à peu près : blodéouez.
Pour en savoir plus :
Les Mabinogion
The Celtic Gods
|
| BOAND |
|
Le Dindshenchas de Rennes, traduit par Françoise Le Roux et Christian-J. Guyonvarch (Les Druides, Ogam-Celticum 14, 1982) nous raconte comment Boand devint un fleuve.
Persuadée qu’il n’y avait pas de pouvoir secret qui atteignît celui de sa beauté, Boand se rendit un jour à la source secrète qui coulait dans la prairie du palais féerique de Nechtan. Pour éprouver les pouvoirs de la source, elle en fit trois fois le tour par la gauche, ce qui fut considéré comme un affront. Trois vagues alors se ruèrent hors de la source et se brisèrent sur elle. « Elles lui enlevèrent une cuisse, une main et un œil. » Boand se tourna vers la mer, fuyant sa honte, et pour y s’échapper plus vite elle devint le fleuve Boyne. Le Dagda (le dieu principal et le dieu bon de la mythologie irlandaise) réside chez sa femme, à Brug na Boinne, « l’Hôtel de la Boyne ».
Il faut noter qu’à Neuchâtel existe un Jardin de la Boine, qui enrichit le patrimoine touristique touritique de la ville d’une légende indo-européenne avant d’être gauloise : cette Boine comme la Boyne irlandaise est une *bo-winda : « la vache blanche ».
|
| BRIGIT |
|
Nous lisons dans un vieux dictionnaire, rédigé vers 900 et nommé le Glossaire de Cormac : « Brigit, c’est-à-dire la file (1), fille de Dagda (2), c’est Brigit la poétesse, ou, pour nous exprimer autrement, c’est Brigit la déesse qu’adoraient les file, à cause de la très grande et très illustre protection qu’ils recevaient d’elle. Voilà pourquoi les poètes l’appelèrent déesse. Il y avait trois sœurs de même nom : outre Brigit la file, une seconde Brigit qui pratiquait la médecine, et une troisième Brigit, qui forgeait le fer. Toutes trois étaient déesses, toutes trois filles de Dagdé ; et chez les Irlandais le nom de déesse Brigit les désignait toutes trois ensemble (3). » C’est donc, nous dit Cormac, une Triple déesse dont les compétences s’étendent à la création poétique, à la médecine et au feu de la forge. Cependant, la création poétique de cette époque n’est pas celle que nous entendons aujourd’hui. Les filid étaient des voyants, des prophètes et des magiciens. Comme patronne des filid, Brigit doit être considérée comme une déesse de la voyance, de la prophétie et de la magie. Et c’est à sa compétence dans le domaine de la magie que l’on doit la protection qu’elle accordait au forgeron. Ne fallait-il pas être magicien pour forger ? la médecine ne doit pas être non plus comprise comme aujourd’hui. Elle était encore une part de la magie. Mais l’attribution est certaine : la sainte du même nom qui a succédé à Brigit est la grande maîtresse des herbes et de la guérison.
Reste un point que le glossaire de Cormac « omet » d’exposer, et que le folklore révèle : Brighid, devenue sainte Breeda, est la protectrice du bétail, la dispensatrice de la fertilité pour les animaux domestiques et les êtres humains. Elle préside aux accouchements à tel point qu’on lui attribue même une fonction de sage-femme auprès de la Vierge-Marie.
C’est donc une grande déesse, une Terre-Mère, souveraine et Toute-Puissante.
(1) File, pluriel filid, « poète » : nom irlandais du druide spécialisé dans toutes les pratiques magiques, divinatoires, et dans tous les domaines de l’activité intellectuelle. Le file est, étymologiquement, un « voyant » et il a accès à l’écriture, au contraire du barde.
(2) Dagda (*dago-devo-s), littéralement « dieu bon » ou « très divin » : dieu-druide et dieu des druides, maître des éléments, de la science (savoir sacerdotal) et aussi dieu de l’amitié et des contrats tout en étant guerrier. C’est, après Lug et avant Ogme ou Diancecht, le dieu le plus important du panthéon irlandais. Ses autres noms sont Dagan « le petit bon », Eochaid Ollathir (« Père Puissant ») et Ruadh Rofhessa (« Rouge de la Grande Science »). Ses principaux attributs sont la massue, qui tue par un bout et ressuscite par l’autre, et le chaudron, à la fois d’abondance, d’immortalité et de résurrection.
(3) « Brigit banfhile ingen in Dagdai ; is-eiside Brigit ban-e ceas (no ben-eicsi idon Brigit ban)dee no âdradis filid, ar-ba-romor acus ba-roân a-frithgnam ; is-aire-sin ideo eam deeam vocaverunt poetæ, hoc nomine cujus sorores erant Brigit bê legis, Brigit bê gobnechta idon bandê, idon tri-hingena in Dagdai insin, de quarum nominibus pene homines ibernenses dea Brigit vocabatur. » Leabhar Breacc, p. 264, col. 2. Cf. Whitley Stockes, Three irish glossaries, p. 8 ; Sanas Chormaic, p. 23.
Pour en savoir plus :
Henri d’Arbois de Jubainville, Introduction à l'étude de la littérature celtique
Henri d’Arbois de Jubainville, Le Cycle mythologique irlandais et la mythologie celtique
|
| DAMONA |
|
Dans la mythologie gauloise, Damona est la déesse éponyme de la ville de Rivières (Charente) et la parèdre des dieux Albius (Aignay-le-Duc Côte d’Or), Apollon Moritasgus (Alise-Sainte-Reine Côte d’Or), Bormo, Borvo (Bourbon-Lancy, Saône-et-Loire et Bourbonne-les-Bains, Haute-Marne).
Son nom, composé de damos (qui a donné le français daim et le viel irlandais dam « cerf ») et du suffixe théonymique féminin -ona, est interprêtée par les uns « Biche divine » et par d’autres « Vache divine ». Mais la filiation de damos à daim fait nettement pencher la balance en faveur de « Biche divine »
On retrouve le nom gaulois sur lequel le nom de Damona a été composé, dans le nom de Méolans (Eure-et-Loire), anc. Damolium < *damo-ialon : « la clairière de la biche » et dans d’innombrables Ville-aux-Dames. Des lieux-dits comme la Combe Damon (Val Ferret, vallée d’Aoste) ou La Ville-Damon (Morbihan) peuvent avoir conservé le souvenir de la déesse Damona.
Un fragment de la mythologie de Damona (la biche blessée) figure peut-être dans le lai de Marie de France intitulé : Guigemar.
|
| DARONA |
|
Le nom de Darona est celui d’une déesse-fleuve, aujourd’hui « The Daron », qui se jette dans la mer à Aberdaron à proximité de la presqu’île de Llyn (en Gwynedd).
En Morgannwg, un Aberdâr, signale aussi à notre attention l’« estuaire » d’une autre « Dâr ».
Dyfed Lloyd Evans (The celtic gods) veut trouver l’explication de son nom dans le gallois dâr « le chêne », ce qui ne constitue pas un nom de rivière très convainquant.
Il nous semble que, pour comprendre ce nom de rivière, un détour par le mot gaulois rodaron (conservé par Pline, Nat. 1.24.112) s’impose. « Iuxta hanc uiduam uite nascitur herba quam Galli rodarum vocant folia … procedente tempore tota rubentia. »
D’après André (194, LEW II, 439), on traduit rodaron par « spirée ulmaire », « reine des prés ».
Cependant, c’est aller plus loin que le texte de Pline que prendre rubentia pour un équivalent de rodaron et de dériver, pour justifier le rougissement (rubeo, rougir), la première syllabe du mot gaulois rod- d’un *roud- inattesté (<*reudh- « rouge », DLG, p. 222). Car rien ne certifie, dans le texte latin, que la plante soit ici nommée d’après sa couleur et non pas d’après ses effets thérapeutiques.
Une autre lecture de rodaron est possible, car si l’on lit ro-daron au lieu de rod-aron, on rejoint une galaxie sémantique bien attestée, celle de dari(o)- « agitation, tumulte, rage » avec ses dérivés (gall. dar et cynddaredd « tumulte » et « rage » ; viel irl. dáir « saison du rut », « chaleur ») et le nom propre gaélique Dáire (gall. derig, terig « ardent, violent, en rut ») ; tout cela sous dari(o)- (DLG, p. 113).
Donc, si l’on comprend bien ro- « très », « trop » et daron- « en chaleur », « en rut », c’est d’un aphrodisiaque dont Pline nous entretient et “Galli rodarum vocant” doit se traduire : que « les Gaulois appellent le “très en rut”, le “très excitant”, » (et non « l’ulmaire »).
Le nom du Daronwy du mabinogi de Kulhwch ac Olwen, cité aussi par les Triades (Myv., 393, 81) comme un fléau de l’île de Môn et qui fut la cause « des plus grands maux pour ses bienfaiteurs », (Iolo mss., p. 81, 82) pourrait bien signifier « l’enragé ».
Et le nom de Darona : « la Turbulente », « l’Impétueuse ».
|
| DIVONA |
|
On ne trouve qu’une seule attestation épigraphique de son nom (Bordeaux). Mais il est resté, dans la toponymie, comme nom de rivière ou de ville.
Les rivières Devon (Devona « la divine » GB), et Deinze (*deuonissa « la très divine » BEL), la Dives (Oise) et la Dieue (deva, diva « la déesse » Meuse) lui doivent leurs noms. Quelques villes aussi : Divonne-les-Bains (Ain), et, plus discrètement, Deuil (Seine-et-Oise), Dionne (Côte-d’Or) et Dions (Gard). Un hameau de Montana (Valais) est aussi nommé Diogne et un écart du hameau d’Ormône, Diolly (en Savièse, dans le district de Sion, Valais) semble avoir été un *diua-ialon qui se traduirait : « la clairière de la Divine ». Elle donnait aussi son nom à l’antique Cahors : Divona Cadurcorum, d’après la Table de Peutinger et la Géographie de Ptolémée.
Le poète Ausone (309-394) dit que le nom de Divonna désigne une fontaine en langue gauloise (« Divona Celtarum lingua fons addite divis » ; Ordo, xx. 169). Ce qui est évident pour Devona Cadurcorum, où des offrandes à elle dédiées ont été retrouvées à l’actuelle Fontaine des Chartreux (une résurgence vauclusienne d’où l’eau jaillit d’un gouffre profond de plus de cent quarante mètres), et Divonne où, selon toute vraisemblance, des thermes lui étaient consacrés.
Le nom de la déesse est composé d’une racine deu- ou div- (indo-européen *deiwos) et de -ona, un suffixe régulièrement employé dans la formation des théonymes celtiques (Ep-ona, Nemet-ona, Sir-ona, etc.). Il signifierait alors « la divine déesse ». Cependant, si le suffixe -ona est particulièrement lisible dans l’inscription de Bordeaux et les attestations des cartographes antiques, il l’est nettement moins dans le nom de Divonne. Faut-il faire confiance à Ausone, le poète gaulois d’expression latine, et comprendre sa traduction « fons divis, » comme littérale d’un mot qu’il comprend étymologiquement *Div-unna « Eau divine » ? Les noms des rivières abondent en ce sens.
Mais il reste possible que nous ayons affaire à une multiplicité de déesses topiques qui, accordant leurs bénédictions aux lieux où elles se trouvent, demeurent sans égard aucun pour nos classifications et nos étymologies.
Divanno est l’un des trente-huit surnoms gaulois du dieu Mars (Lourmarin Vaucluse et Saint-Pons-de-Thomières Hérault).
Pour en savoir plus :
Georges Dottin : La religion des Celtes
|
| EPONA |
|

Epona de Bregenz
« Une déesse des chevaux, appelée Epona, apparaît dans un grand nombre d’inscriptions de France, d’Allemagne, de Suisse (Soleure et Bale), d’Autriche et de Hongrie. Il en existe également deux représentations iconographiques trouvées en Suisse, l’une à Seegraben, près de Zurich, l’autre près du monastère de Mud, en Argovie. La déesse est représentée soit assise sur un cheval, soit devant un cheval ou entre deux ou plusieurs chevaux. Un de ses attributs est la corne d’abondance. Le nom même d’Epona est lié à celui du cheval (epo, dans la langue gauloise), mais le caractère de la déesse qui porte ce nom n’a pas été vraiment éclairci. On ne sait en effet s’il faut voir simplement en elle une protectrice des chevaux et des écuries, rôle limité qu’elle tenait à l’époque gallo-romaine, ou si elle était à l’origine une déesse de la fécondité, incarnation de la grande déesse-mère. »
Pierre Maugué, Guillaume Tell et la tradition celtique, Éditions de La Maisnie, 1985.
Découverte à Soleure au XVIe siècle cette dédicace à Epona est conservée au Lapidarium de Soleure. Elle date de 219.
Deae Eponae M(arcus) [Au]
relius Restio m[iles]
[l]eg(ionis) XXII Antoni[ni]
anae P(rimigeniae) p(iae) f(idelis) immu[n]
[i]s co(n)s(ularis) curas a[g]
[e]ns uico Salod[ur(o)]
[d(ie)] XIII kal(endas) septemb[r(es)]
d(omino) n(ostro) Antonino [Aug(usto)]
II et Sacerdo[te]
II co(n)s(ulibus)
u(otum) s(oluit) l(ibens) m(erito).
Traduction :
« A la déesse Epona, Marcus Aurelius Restio, soldat de la XXIIe Légion Antoniniana Primigenia pieuse fidèle, attaché au gouverneur exempté des corvées, bénéficiaire dans le vicus de Saloduro (Soleure), s’est acquitté de son vœu volontiers et à juste titre le 13e jour avant les calendes de septembre sous les deuxièmes consulats de notre maître Antonin Auguste (Elagabal) et de Quintus Tineius Sacerdos. »
|
| GRANNUS |
|
Grannus est une des divinités celtiques que les Romains latinisèrent en faisant précéder son nom par celui d’Apollon, qui avait, en Gaule, des propriétés médicales.
Apollon Grannus est parfois associé dans les inscriptions à sa parèdre Sirona, qui semble avoir rempli les mêmes offices que lui à savoir : la protection des sources minérales et surtout thermales.
Les textes épigraphiques mentionnant Grannus ont été recueillis dans les stations ci-après :
Baumburg (Bavière), Laungen (Retie), Ennetach (Wurtemberg), Faimingen (Souabe), Unterfinningen (Souabe-district d’Hostadt), Bitburg (près Trèves), Trèves (Prusse Rhénane), Horburg (près Colmar, Alsace), Branges (Saône-et-Loire), en Suède à Westermanland, en Écosse à Musselburgh près Édimbourg, et en Hollande à Arnheim.
Grannus devait aussi donner son nom à l’une des plus importantes villes de l’Outre-Rhin gaulois : Aquae Granni qui deviendrait un jour Aix-la-Chapelle.
D’après Vaillat, Le culte des sources dans la Gaule antique, arbredor.com, 2006
|
|
|
L’Apollo Grannus du
Suermondt-Ludwig-Museum
d’Aix-la-Chapelle. D.R.
|
|
| ICAUNI |
|
Une inscription découverte à Auxerre (Yonne) nous a donné le nom de cette divinité (C. I. L., XIII, 2921). Certains érudits pensent que non seulement la source de l’Yonne, mais encore le cours d’eau tout entier était divinisé. De ce fait, Icauni serait non pas seulement divinité de source, mais encore de rivière. Ceci n’a rien pour nous étonner attendu que dans la Grèce archaïque, les nymphes, d’abord protectrices des sources du fleuve, finirent par l’être du cours d’eau tout entier.
D’après Vaillat, Le culte des sources dans la Gaule antique, arbredor.com, 2006
|
| ILIXO |
| Sur un cippe mis à jour lors des fouilles exécutées dans les thermes de Luchon en 1764, une inscription (C. I. L, XIII, 345) mentionne cette divinité protectrice des sources thermales de cette petite ville. D’autres textes épigraphiques découverts par la suite, nous ont permis d’établir définitivement le nom du dieu éponyme de Luchon (Haute-Garonne) (C. I. L., XIII, 346-48).
D’après Vaillat, Le culte des sources dans la Gaule antique, arbredor.com, 2006
|
| ILUNI |
|
A Cadéac-les-Bains, Vallée d’Aure, canton d’Arreau (Hautes-Pyrénées) où il devait exister à l’époque romaine des sources à propriétés médicales, on a retrouvé une inscription dédiée à la divinité topique Iluni qui devait en être le génie protecteur (Roscher, Lexicon, II, 121).
D’après Vaillat, Le culte des sources dans la Gaule antique, arbredor.com, 2006
|
| MATRONAE |
|
Ces divinités semblent avoir été particulièrement invoquées dans les provinces rhénanes sous le nom de Matronae et en Narbonnaise et Lyonnaise sous le nom de Matres. M. C. Jullian les divise en quatre grandes catégories :
a) Celles qui sont affectées à un détail de la nature, qui est d’ailleurs surtout la source, mais qui peut être aussi la montagne ou la forêt ;
b) Celles qui protègent les lieux occupés, villages ou villes ;
e) Celles qui constituent les génies de famille ou d’individus ;
d) Celles qui président à certains faits de la vie humaine.
Camille Jullian a émis l’hypothèse que la terminaison nehae indique la nature fontainière des déesses mères. Nous pouvons ainsi citer comme divinités de sources : les Matronae Cuchaeneae (C. I. L., XIII, 7923, 24), Matrones Rumanehae (C. I. L., XIII, 7869-8027, 28), Matronae Vesuniahenae (C. I. L., XIII, 7850, 54, 7925), Matronae Albiahenae (C. I. L., XIII, 7933-36) en pays rhénans ; les Matres Gerudatiae (C. I. L., XII, 505), Matres Almahae (C. I. L., XII, 330), Matres Ubelnae (C. I. L., XII, 333) en Narbonnaise ; les Matres Augustae Eburnicae, en Lyonnaise (Rev. Epigr., III, p. 49, no 1220).
|
|
|
 |
|
Les Mères du lapidarium
de Stuttgart. D.R.
|
|
Déesses-mères de Vertau
|
|
Une déesse mère présidant aux sources était rarement isolée, le plus souvent on la voit représentée avec deux compagnes, l’une à sa droite, l’autre à sa gauche ; toutes trois sont assises revêtues d’une ample tunique et coiffées de chapeaux à larges bords portant sur leurs genoux des cornes d’abondance et des corbeilles de fruits.
|
|
| MORISTASGUS, MORITASGUS |
|
C’est à une inscription découverte en 1652 « à l’entrée du vieux cimetière d’Alyse » (Côte-d’or) que nous avons dû tout d’abord de connaître cette divinité ; elle est ainsi conçue :
Tiberius Claudius Professus Niger omnibus
apud Aeduos et Lingonas functus deo Moritasgo
porticum testamento poni jussit suo nomine
et Juliae Virgulinae uxoris et filiarum
Claudiae Professae et Iuliae Virgulinae
(C. I. L., XIII, 2873).
Mais ce n’est qu’en 1909 que put être réellement identifié le dieu Moritasgus. Les fouilles entreprises au lieu dit la Croix Saint-Charles (commune d’Alise-Sainte-Reine Côte d’Or) amenèrent la mise à jour d’un temple et d’une quantité considérable d’ex-voto les plus variés :
a) les uns représentant des organes sont travaillés sur de minces feuilles de métal et figurent des seins, d’autres des yeux et certains, fait particulier à Alise, des doigts. Dans les ex-voto figurant des yeux gravés au poinçon sur une plaque de métal, ces organes présentent parfois certaines irrégularités, telles que l’absence de pupille ou au contraire la dilatation ou la contraction de celle-ci. Ces ex-voto sur plaque de bronze étaient presque toujours percés d’un ou deux trous, permettant sans doute de les fixer sur des planchettes.
b) Parmi les ex-voto en pierre, on recueillit deux troncs humains, l’un de femme, l’autre d’homme, des têtes humaines, des jambes entières, des bustes, une partie supérieure et une partie inférieure de jambe. Mais l’un des ex-voto les plus intéressants est sûrement celui représentant une cuisse humaine, découverte en 1910, qui se trouve actuellement au Musée de Saint-Germain et sur laquelle on peut voir gravée l’inscription suivante :
Aug(usto) sac(rum) deo Apollin(i)
Moritasgo Catianus Oxtai (filius).
La maladie qui a motivé cet ex-voto est représentée du côté gauche : « il s’agit de gros bourgeonnements à la surface d’une plaie ». Quatre autres inscriptions retrouvées sur les lieux mentionnent également le dieu Moritasgus (C. I. L., XII, 11239 A. et G. 11241 et 11242).
|
L’ENCYCLOPÉDIE OU DICTIONNAIRE RAISONNÉ DES SCIENCES, DES ARTS ET DES MÉTIERS
donnait à Moristasgus cette définition :
|
| MORISTASGUS. (Mythol. Gaul.) le Moristasgus des Gaulois paroît avoir été une divinité locale des Senonois ; car un homme de ce nom étoit roi du pays dans le tems que César arriva dans les Gaules, & la royauté avoit été déjà dans sa famille. Il y a donc bien de l’apparence que ce roi portoit le nom d’un dieu particulier du lieu, ou qu’il étoit lui-même cette divinité, après avoir été mis au nombre des dieux, par la superstition grossière de ces peuples idolâtres. Quoi qu’il en soit, dans les inscriptions recueillies par Ramsius, on trouve qu’un Ti. Cl. Niger, lequel avoit obtenu toutes les charges des cités de Langres & d’Autun, ordonna par son testament que l’on ajoutât un portique au temple du dieu Moristasgus, tant en son nom qu’en celui de sa femme & de ses filles. Cette inscription a été découverte dans les ruines de l’ancienne ville d’Alésia. Mém. de l’acad. des Inscr., t. XXIV. p. 361. |
|
|
Copie moderne de la fibule à la colombe du temple de Moristasgus
|
|
| SEQUANA |
|
En mai 1836, la Commission des Antiquités de la Côte-d’Or entreprit des fouilles aux sources de la Seine, communes de Saint-Seine l’Abbaye et de Saint-Germain la Feuille (Côte-d’Or). Ces fouilles mirent à jour les vestiges d’un temple de proportions colossales, renfermant quelques inscriptions, de nombreux ex-voto en pierre et en métal et des monnaies allant d’Auguste à Magnus Maximus.
Les ex-voto constituent la partie la plus intéressante des découvertes. Parmi ceux-ci : des mains, des torses d’homme, des torses de femme, un genou, des bustes, des statuettes mutilées d’enfants emmaillotés, des jambes votives, un portrait de jeune femme, des seins déposés sur une tablette, un pied votif ; tous ces objets sont exécutés en pierre blanche commune, calcaire très friable.
Le nom de la divinité objet de tant de dévotion était mentionné sur des inscriptions mises à jour au lieu des sources (C I. L., XIII, 2858-63), c’est la dea Sequana, dont on croit même avoir la représentation dans un fragment de statue découvert au même endroit (Bas-Reliefs, III, 2405).
Parmi les inscriptions les plus curieuses nous pouvons citer les deux suivantes ; l’une gravée sur un vase contenant, lors de la découverte, 836 pièces de monnaie, se lit ainsi :
Dea Sequana Rufus donavit (C. I. L., XIII, 2865).
L’autre est gravée sur un anneau d’or et rappelle également le nom de la dea (C. I. L., XIII, 2861).
|
| SIRONA |
|
Cette déesse des eaux, qui présidait à l’abondance, est l’une des déesses gallo-romaines les plus souvent attestées, après Epona sans doute. L’épigraphie recense plus d’une douzaine de fois son nom en Allemagne, huit fois en France, deux fois en Roumanie, une fois en Suisse (Augst) à Vienne (Autriche) et à Rome où elle suit son amant Apollon. Elle est représentée avec la corde d’abondance et quelquefois un serpent thérapeutique qu’elle nourrit (piliers de Vienne-en-Val, Loiret). Et c’est une curiosité : le nom de cette déesse dont les fleuves courent les prairies signifie « étoile ». Depuis Pedersen (Vergleichende Grammatik, I, p. 78) et les travaux de Vendryès (Études celtiques, V, p. 246), il ne fait pas de doute que le nom de Sirona (et Dsirona, une fois) doit être rapproché des appellations néoceltiques de l’étoile (breton ster, cornique steyr, kymrique ser, syr).
Il faudra supposer qu’elle est une déesse de « la rivière étoilée » et que les ruisseaux que l’on baptise de son nom sur la terre sont les images du flux nourricier de la Voie lactée.
Sirona est non seulement la déesse éponyme de la Sarine, un affluent de l’Aar qui prend source au col du Sanetsch, entre les cantons de Berne et du Valais (Suisse), mais aussi de cet affluent de la Promenthouse nommée Serine (district de Nyon), de la Valserine (autrefois nommée La Serine) qui afflue dans le Rhône (Ain), de La Sorne (Sorna en 690), affluent de la Birse (Jura bernois) et de quelques autres encore.
|
|
|
|
|
|
L'autel romain d'Apollon et Sirona
|
Sirona et Apollon
|
|
| VINDONNUS |
|
Lors des fouilles entreprises, en 1835, sur le territoire de la commune d’Essarois (arrondissement de Chatillon, Côte-d’Or), on découvrit près d’une source « une grande ruine dans le marais, au pied d’une chute d’eau qui lui a fait donner le nom de La Cave ». Trois inscriptions (C. I. L., XIII, 5644, 45-46) qui furent mises à jour nous désignèrent le dieu auquel ce temple était consacré : c’était Apollo Vindonnus.
Parmi les ex-voto et les antiquités découvertes, deux statues en bois de chêne très mutilées : « l’un des personnages qui paraît être vêtu d’une tunique porte de la main droite contre la poitrine, un objet peu reconnaissable, probablement un gobelet ; le bras gauche manque. L’autre statue, très allongée, est informe, le personnage représenté semble nu ».
Quant aux ex-voto en pierre, on recueillit sur les lieux des fragments de statue d’homme nu, imberbe, à longue chevelure, des statuettes d’enfants emmaillotés, une tablette de calcaire oolithique, sur laquelle sont figurées cinq têtes de femmes, des torses de femmes, des bustes, des torses d’hommes, des mains, un genou, des jambes dépareillées, des pieds.
Entre tous les morceaux de sculpture recueillis à Essarois, deux doivent plus particulièrement retenir notre attention ; nous voulons parler de ceux-là même représentant Apollo Vindonnus. Dans un fragment de fronton, aujourd’hui au Musée de Châtillon, nous voyons ce dieu « en buste, ailé et radié ». Un second monument composé d’une base de statue en deux fragments devait, lui aussi, représenter Vindonnus.
|
|
|
|
|
|
|
|