![]() |
| Le chamanisme est un phénomène religieux fondé sur la transe et une réalité propre aux peuples d’Asie centrale et de Sibérie. |
| Par paresse de l’esprit, la qualification de chamane a été étendue aux medecine-men des deux Amériques, à l'Afrique, sans prendre en compte la réalité si particulière de l'animisme, et maintenant à l'Europe, sous le prétexte d'un chamanisme « en particulier celte » dont le druidisme serait issu. |
| Que dans d’autres cultures que les cultures sibériennes et centre-asiatiques, des phénomènes de transe aient pu être observés n’autorise pas les touristes à dénaturer la signification des rites propres à ces cultures en qualifiant de « chamane » tout acteur du sacré. |
| Cet amalgame nie singulièrement les nuances des âmes. Il fait la preuve d’une incapacité des observateurs à comprendre les intentions, les rites religieux et les pratiques initiatiques des peuples concernés. |
| Quand s’y ajoute la négation des appellations autochtones, il est la preuve d’un mépris certain. |
| Par la voix de Ta’Baa’ah, les Indiens Navajos protestent : il n’y a pas de chaman chez les Navajos, mais des medecine-men ou des chanteurs qui s’appellent : hattalli. Et ces chanteurs, à proprement parler, ne sont pas des magiciens comme peuvent l'être les chamans sibériens ; ils sont d’abord des savants : « ceux qui connaissent le chant sacré ». |
| Les medecine-men d’Amérique latine s’insurgent également contre cette globalisation. (Cf. Don Marcellino). |
| Le druide que je suis n’admet pas non plus que ce colonialisme intègre le druidisme sous l’étiquette d’un « chamanisme européen » qui a peut-être existé (à quelle époque ? Personne n’en sait rien !) mais qui ne correspond en rien à la réalité du druidisme antique ou contemporain. |
| A chaque terre ses énergies propres, à chaque terre ses pratiques singulières. |
| Post scriptum |
|
Dans son ouvrage Magie, médecine et divination chez les Celtes (Payot & Rivages, 1997), Christian-J. Guyonvarc’h intitule un paragraphe entier « L’erreur du “chamanisme” celtique ». Extrait : |
|
« Quels que soient les arguments invoqués le bon sens commande de réserver le nom de chamanisme à l’ensemble de pratiques magiques des peuples lapons de la Scandinavie nu bien des populations sibériennes ou ouralo-altaïques de l’Asie centrale et septentrionale. […] |
| En effet, les activités des chamanes sont centrées sur la magie et quelles que soient les subtilités ou la complexité des pratiques chamaniques, il est hors de question de réduire sans exception aucune les doctrines ou les rituels druidiques à une suite de croyances ou d’opérations magiques. Cela pouvait peut-être s’admettre encore vers le début du XXe siècle, mais nos études ont fait assez de progrès pour que ce soit désormais définitivement périmé. Nous répéterons une fois pour toutes que, dans le domaine celtique au moins, là où nous avons pu le constater, la magie est le peu qui subsiste quand tout le reste a disparu. Attribuer au « chamanisme » des faits ou des épreuves d’initiation autres que magiques, quel qu’en soit le degré, est une autre erreur, faite de confusion et d’incompréhension ; c’est prouver que l’on ignore en quoi consiste une initiation et les épreuves qu’elle comporte. C’est aussi avouer implicitement qu’on ignore tout du monde celtique. » |
|
Pour en savoir plus : « Le chamanisme en Sibérie »
|
![]() Illustration : Tatanka Ptecela, dit Short Bull (1845-1915) Medecine-man des Sioux brûlés. |
|
|
|
|